{"id":27,"date":"2019-04-16T13:08:22","date_gmt":"2019-04-16T11:08:22","guid":{"rendered":"http:\/\/terrasses.net\/?page_id=27"},"modified":"2020-12-30T10:18:14","modified_gmt":"2020-12-30T09:18:14","slug":"qui-sommes-nous","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/terrasses.net\/index.php\/qui-sommes-nous\/","title":{"rendered":"qui sommes-nous?"},"content":{"rendered":"<p>Les \u00c9ditions Terrasses sont d\u00e9finies par les ouvrages et\u00a0 les autrices et auteurs qu&#8217;elles \u00e9ditent&#8230;<\/p>\r\n<p>Nous choisissons donc de les pr\u00e9senter aux travers des notes des \u00e9diteurs qui commencent chaque ouvrage que nous publions.<\/p>\r\n<p>&nbsp;<\/p>\r\n<h2><strong>Notes des \u00e9diteurs de <em>Juste au-dessus du silence <\/em>de Anne Gr\u00e9ki<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: right;\"><br \/>Les voyous de l\u2019autogestion<br \/>Voyous de la r\u00e9volution<br \/>Le po\u00e8te est un voyou<br \/>(Chams de Tabriz, Rimbaud, Essenine, Voznessenski,<br \/>Evoutchenko, Allen Ginsberg, Genet, Artaud,<br \/>Anna Gr\u00e9ki, Patrick Mac\u2019Avoy, Yahia S. Ben Hadji).<br \/>\u00ab Poubelles pr\u00e9cieuses \u00bb<br \/>Jean S\u00e9nac, in Avant-Corps<\/p>\r\n<p style=\"text-align: left;\"><br \/>Il faudrait sans doute imaginer un jour un recueil de souvenirs d\u2019\u00e9diteurs pour comprendre ce que signifie publier des \u00ab voyous \u00bb : un Georges Jackson derri\u00e8re les barreaux de Soledad s\u2019entra\u00eenant autant \u00e0 l\u2019auto-d\u00e9fense physique qu\u2019\u00e0 la dialectique communiste et fanoniste, insistant sans rel\u00e2che aupr\u00e8s de son \u00e9diteur depuis sa cellule pour que la couverture de son livre ne le pr\u00e9sente pas derri\u00e8re les barreaux ; un Genet adepte des \u00ab larcins \u00bb, emprisonn\u00e9 \u00e0 la Sant\u00e9 et lucide quant \u00e0 l\u2019argent qu\u2019il lui faut demander \u00e0 son jeune \u00e9diteur Marc Barbezat ; un S\u00e9nac ayant rencontr\u00e9 son ami-\u00e9diteur Jean Subervie via l\u2019impression clandestine anti-coloniale alors alli\u00e9e des \u00ab terroristes \u00bb alg\u00e9riens ; une Anna Gr\u00e9ki, \u00ab pas commode \u00bb, rebelle, femme et communiste osant d\u00e9fier la bien-s\u00e9ance post-ind\u00e9pendance pour d\u00e9fendre l\u2019espoir d\u2019une Alg\u00e9rie plurielle de la m\u00eame fa\u00e7on qu\u2019elle avait d\u00e9fi\u00e9 \u00e0 travers la po\u00e9sie ses bourreaux \u00ab \u00e0 l\u2019heure de la souillure \u00bb par l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais et ses chiens de gardes paras, etc.<br \/>Car il s\u2019agit bien de cela finalement : faire le choix \u00e0 un moment donn\u00e9 de concentrer \u00e9nergies, travail, argent pour finir de mettre au monde (ou faire rena\u00eetre dans notre cas) cette litt\u00e9rature ne voulant plus (ne pouvant pas s\u2019offrir le luxe de) se cacher derri\u00e8re les rideaux d\u2019une culture d\u2019ornement. En d\u2019autres mots aujourd\u2019hui on dirait : la litt\u00e9rature de ceux et celles \u00ab qui n\u2019ont pas le temps \u00bb. Pas le temps ni les privil\u00e8ges de faire semblant, de tout soigneusement mettre en ordre et en place pour \u00ab devenir \u00e9crivain \u00bb. Anna Gr\u00e9ki \u00e9tait de ces voyous. Non pas dans l\u2019abstraction folle du plaisir d\u00e9lictuel, mais plut\u00f4t dans la conscience de ne pas pouvoir \u00eatre complice des syst\u00e8mes de domination qui pars\u00e8ment une vie, qu\u2019ils soient capitalistes, coloniaux, patriarcaux. Anna Gr\u00e9ki, de son vrai nom Colette Gr\u00e9goire, fut po\u00e8te et militante \u00ab colleuse d\u2019affiches \u00bb, \u00e9crivaine et femme engag\u00e9e dans la vie politique, comme le raconte si bien ses amis et camarades dans la brochure de l\u2019Union des \u00e9crivains alg\u00e9riens \u00e9dit\u00e9e en son hommage et pr\u00e9sent\u00e9e dans ce livre. On y retrouvera notamment des \u00e9l\u00e9ments biographiques importants afin de situer cette militante anticolonialiste arr\u00eat\u00e9e pendant la bataille d\u2019Alger pour son activit\u00e9 au sein du FLN, tortur\u00e9e, expuls\u00e9e d\u2019Alg\u00e9rie, puis engag\u00e9e dans la vie politique et culturelle alg\u00e9rienne apr\u00e8s 1962, notamment en tant que membre de l\u2019Union des \u00e9crivains alg\u00e9riens.<br \/>Elle fut surtout sur la ligne de cr\u00eate, comme tant d\u2019autres, entre d\u2019un c\u00f4t\u00e9 le temps colonial en train de convulser dans ses derniers sursauts de violence crue, et d\u2019un autre, le temps d\u00e9colonial en train d\u2019ajuster sa ligne de mire. Un temps de conqu\u00eate litt\u00e9raire, de conqu\u00eate de droits et de libert\u00e9 mais aussi d\u2019exp\u00e9rimentations pour dire et \u00e9crire les identit\u00e9s, et la vie populaire.<br \/>En choisissant d\u2019ouvrir notre catalogue avec la r\u00e9\u00e9dition d\u2019une grande partie de l\u2019\u0153uvre d\u2019Anna Gr\u00e9ki nous voulons tenter de r\u00e9pondre \u00e0 la contradiction apparente que pose l\u2019\u00e9dition de ces \u00ab voyous des r\u00e9volutions \u00bb. Car nous pensons qu\u2019il faut bien \u00eatre un peu voyou face \u00e0 ce monde, pour ne pas seulement le vomir mais essayer d\u2019y peser. En fraude, en trahison, en beaut\u00e9 de vers qui lib\u00e8rent un peu, ceux du bleu dont parle Lamis Sa\u00efdi, traductrice merveilleuse de lucidit\u00e9 quant au besoin de ne pas laisser l\u2019h\u00e9ritage po\u00e9tique de l\u2019Alg\u00e9rie<br \/>emprisonn\u00e9 dans une seule langue ; cette m\u00eame po\u00e9sie qui permettait aux Moudjahidates de faire abstraction des barreaux dans les ge\u00f4les du tortionnaire fran\u00e7ais, et qui aujourd\u2019hui r\u00e9sonne avec les affiches et les appels des prisonniers politiques d\u2019un peuple alg\u00e9rien qui ne veut toujours pas trahir et vendre son histoire r\u00e9volutionnaire.<br \/>Ce livre, nous l\u2019avons imagin\u00e9 en hommage donc \u00e0 Anna Gr\u00e9ki et \u00e0 ceux et celles qui n\u2019ont pas eu peur (et n\u2019ont pas peur) d\u2019affronter la s\u00e9gr\u00e9gation spatiale, politique et sociale pour la ha\u00efr, la diss\u00e9quer et la combattre. Mais il est aussi une fa\u00e7on d\u2019actualiser des th\u00e9ories de culture populaire et leur mise en pratique d\u2019alors (en pleine guerre d\u2019Alg\u00e9rie) pour r\u00e9pondre aux besoins concrets d\u2019\u00e9mancipation et de savoir pour la Grande Majorit\u00e9.<br \/>Nous avons choisi d\u2019y pr\u00e9senter des textes d\u2019Anna Gr\u00e9ki r\u00e9agissant aux enjeux d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 plurielle, devant penser \u00e0 la fois la survie mat\u00e9rielle d\u2019un peuple colonis\u00e9 (puis d\u00e9colonis\u00e9) mais aussi la lutte contre l\u2019ali\u00e9nation coloniale et culturelle dans un monde mondialis\u00e9. Comment \u00e9crire pour un peuple \u00e0 majorit\u00e9 analphab\u00e8te ? Comment produire une litt\u00e9rature et une pens\u00e9e dans un contexte multilingue ? Autant de questions qui nous paraissent \u00f4 combien actuelles, et pas seulement en Alg\u00e9rie mais bel et bien dans un espace m\u00e9diterran\u00e9en, ouvert mais ancr\u00e9 dans une histoire commune fa\u00e7onn\u00e9e dans les d\u00e9colonisations de la fin du si\u00e8cle dernier. C\u2019est ce d\u00e9fi que Lamis Sa\u00efdi d\u00e9crit si bien dans sa pr\u00e9face en montrant \u00e0 quel point nous avons besoin de \u00ab litt\u00e9ratures de relais \u00bb. D\u00e9fi qu\u2019elle subjugue en proposant avec Juste au-dessus du silence une traduction en arabe d\u2019un choix de po\u00e8mes (odes \u00e0 la vie, \u00e0 l\u2019amour et au respect des luttes justes) tir\u00e9s des deux ouvrages d\u2019Anna Gr\u00e9ki, Alg\u00e9rie, Capitale Alger et Temps forts.<br \/>Ce premier livre est ainsi notre hommage \u00e0 ces voyous pass\u00e9s et contemporains. La diversit\u00e9 d\u00e9liber\u00e9e dans le choix des textes d\u2019Anna Gr\u00e9ki propos\u00e9s ancre la d\u00e9marche des \u00c9ditions Terrasses dans une exigence \u00e0 la fois litt\u00e9raire et politique ; exigence qui, nous l\u2019esp\u00e9rons, prolongera les liens internationalistes, les rencontres litt\u00e9raires et les beaut\u00e9s de po\u00e9sie \u00e0 red\u00e9couvrir.<br \/>Une fa\u00e7on pour nous d\u2019actualiser l\u2019\u00e9dito de la revue Terrasses de juin 1953 que nous voulons faire n\u00f4tre : \u00ab Dans la mesure o\u00f9 elle se veut fid\u00e8le \u00e0 ces voix du perp\u00e9tuel amour, notre revue ne tentera pas de plaire, car nous avons appris que, pour longtemps encore, la parole ne peut plus viser \u00e0 distraire sans abdiquer sa dignit\u00e9. Cette conception de la litt\u00e9rature et du respect qu\u2019elle doit \u00e0 l\u2019homme [et \u00e0 la femme] nous engage dans une difficile aventure de v\u00e9rit\u00e9. \u00bb<\/p>\r\n<p>&nbsp;<\/p>\r\n<h2>Note des \u00e9diteurs de <em>Le Soleil sous les armes <\/em>de Jean S\u00e9nac<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: right;\"><br \/>\u00ab Jean S\u00e9nac marchait vite, parlait vite, vivait vite, du pas de celui qui sait son temps compt\u00e9<br \/>et force le po\u00e8me \u00e0 se gorger de sens et de beaut\u00e9 au point d\u2019en \u00e9clater 1 . \u00bb<\/p>\r\n<p>De S\u00e9nac il manquait la r\u00e9\u00e9dition de son seul essai : Le Soleil sous les armes. Nous avons choisi de republier ce texte difficilement trouvable aujourd\u2019hui car il nous para\u00eet primordial, comme dans notre r\u00e9\u00e9dition d\u2019Anna Gr\u00e9ki, de mettre en lumi\u00e8re les questions de fond et de forme, d\u2019\u0153uvre et de vie.<br \/>Pour comprendre le fond, il suffit de s\u2019y jeter pour y d\u00e9couvrir l\u2019\u00e9criture simple, d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment didactique d\u2019une \u0153uvre pens\u00e9e en 1957 comme une arme de propagande et de r\u00e9sistance. Il fallait \u00e0 l\u2019\u00e9poque faire la critique (m\u00eame plus : \u00eatre le critique) de la po\u00e9sie nationale d\u2019une nation alg\u00e9rienne dont on refusait l\u2019existence. \u00ab On \u00bb d\u00e9signant alors une des plus grandes puissances mondiales de l\u2019\u00e9poque, terre autoproclam\u00e9e d\u2019excellence litt\u00e9raire.<\/p>\r\n<p>Et ce pour continuer d\u2019\u00e9largir le front des r\u00e9sistances \u00e0 la b\u00eate coloniale, pour utiliser le monde de la litt\u00e9rature comme porte-voix de la lutte anticoloniale. Dans Le Soleil sous les armes, S\u00e9nac se donnait pour t\u00e2che de pr\u00e9senter et d\u2019analyser ce qui constituait alors le patrimoine po\u00e9tique de la nation alg\u00e9rienne dans toute sa pluralit\u00e9. Une anthologie de la po\u00e9sie alg\u00e9rienne, mais en temps r\u00e9el, en temps de guerre, \u00ab en temps politique \u00bb. Si l\u2019essai que publie l\u2019\u00e9diteur Subervie le 1 er octobre 1957, est une version d\u2019un manuscrit se baladant depuis alors plus d\u2019une ann\u00e9e entre plumes et tribunes, il est \u00e0 l\u2019origine le texte d\u2019une conf\u00e9rence de presse donn\u00e9e par S\u00e9nac le 13 mars 1956 \u00e0 Paris \u00e0 l\u2019initiative de l\u2019Union des etudiants de la nouvelle gauche. Il deviendra ensuite un article, destin\u00e9 au num\u00e9ro 5 de la revue Exigence parue en janvier 1957 et publiant des po\u00e8tes alg\u00e9riens ; num\u00e9ro frapp\u00e9 par la censure \u00e9tatique et saisi d\u00e8s sa publication. Six jours plus tard,<br \/>Le Soleil sous les armes, repassera une derni\u00e8re fois \u00e0 l\u2019oralit\u00e9 lors d\u2019une intervention de l\u2019\u00e9crivain au si\u00e8ge de<br \/>l\u2019Union g\u00e9n\u00e9rale des \u00e9tudiants musulmans alg\u00e9riens \u00e0 Paris, avant de finalement \u00eatre imprim\u00e9 sur les presses<br \/>de l\u2019imprimerie Subervie \u00e0 Rodez.<br \/>Ces vies ant\u00e9rieures de l\u2019\u0153uvre ne sont pas anodines. Nous ne voulons pas les lire comme des anecdotes d\u2019une quelconque histoire de l\u2019\u00e9dition. Elles sont l\u2019\u0153uvre elle-m\u00eame. Elles sont l\u2019intertextualit\u00e9 qu\u2019il faut d\u00e9crypter. Elles sont la s\u00e8ve et la saveur du travail d\u2019\u00e9dition.<br \/>Elles sont la forme fomentant le fond. Elles sont alors autant d\u2019armes se r\u00e9v\u00e9lant \u00e0 la lecture du Soleil sous les armes. La r\u00e9sistance et le politique s\u2019y jouent dans et au-del\u00e0 des lignes imprim\u00e9es. \u00c0 l\u2019\u00e9poque d\u00e9j\u00e0 des discours guind\u00e9s de prix Nobel, S\u00e9nac pr\u00e9sente en effet son texte dans les petites salles aux jeunesses d\u2019Alg\u00e9rie s\u2019organisant dans l\u2019exil, et devant les jeunesses de France sentant sans doute leur retard dans le train d\u2019une histoire qui n\u2019a pas le temps d\u2019attendre lorsque<br \/>les maquis grondent d\u00e9j\u00e0. M\u00eame apr\u00e8s sa publication, Le Soleil sous les armes servira encore de base de pr\u00e9sentation pour S\u00e9nac lors de deux conf\u00e9rences \u00e0 Grenoble en 1958 et 1962.<br \/>Ce fond et ces formes ont valeur politique ici ! Dans les pr\u00e9sentations d\u2019alors comme dans l\u2019\u00e9cho qu\u2019elles suscitent dans nos positionnements contemporains.<br \/>C\u2019est toute la force r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par les \u00ab points-tirets-lucidit\u00e9 \u00bb de Nathalie Quintane dans sa pr\u00e9face \u00e0 ce livre. Ce sont toutes les coh\u00e9rences d\u2019un S\u00e9nac qui a toute sa place dans la litt\u00e9rature alg\u00e9rienne, et francophone. Il aura pris position, au milieu d\u2019une guerre et parmi les ego d\u00e9mesur\u00e9s d\u2019hommes de lettres ma\u00eetrisant cette langue fran\u00e7aise, \u00e0 l\u2019intersection de toutes les dialectiques \u00e9minemment politiques : entre oralit\u00e9 et publication \u00e9crite ; entre langues fran\u00e7aise, arabe et berb\u00e8re<br \/>comme il le pr\u00e9sente et le respecte dans son essai ; entre cr\u00e9ation po\u00e9tique et devoir de militant.<br \/>Le Soleil sous les armes est politique car il compose avec les exigences d\u2019un contexte et de positionnements militants \u00e0 tenir, sans renoncer \u00e0 la po\u00e9sie. C\u2019est justement parce qu\u2019il fait l\u2019effort de faire un travail \u00ab de critique \u00bb (comme une t\u00e2che-devoir), de pr\u00e9sentation et de traduction de la po\u00e9sie populaire alg\u00e9rienne qu\u2019il fait \u0153uvre politique. Non pas parce qu\u2019il \u00e9crit un manuel mais parce que lui, Alg\u00e9rien d\u2019origine europ\u00e9enne, non arabophone, fait l\u2019effort de faire traduire, de mettre le nez dans la r\u00e9alit\u00e9 linguistique de la richesse alg\u00e9rienne, en mettant c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te Henri Kr\u00e9a et Nourredine Tidafi,<br \/>A\u00eft Djafer et Philippe Louit, Kateb Yacine, connu en France, et Boualem Ta\u00efbi, \u00e9crivant depuis les maquis de la Wilaya IV.<br \/>En 1957, il traite ce que peu veulent alors accepter : la pluralit\u00e9 de la culture alg\u00e9rienne ne devant pas occulter la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019en finir avec une soci\u00e9t\u00e9 coloniale faite de privil\u00e8ges. Ce que trop d\u2019hommes de lettre d\u2019alors, alg\u00e9riens ou fran\u00e7ais, refus\u00e8rent de faire.<br \/>L\u00e0 o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 de la guerre poussa certains comme Camus \u00e0 se r\u00e9fugier dans une po\u00e9tique de la vertu individuelle, S\u00e9nac choisit avec Le Soleil sous les armes d\u2019\u00eatre honn\u00eate avec son aventure litt\u00e9raire l\u2019ayant accompagn\u00e9 dans son apprentissage de l\u2019Alg\u00e9rie et des lettres : une aventure de l\u2019\u00e9criture collective, celle des revues Simoun, Soleil et Terrasses qu\u2019il anima en Alg\u00e9rie avant la guerre, celle de l\u2019\u00e9criture \u00ab par tous et pour l\u2019homme d\u2019affaire en puissance, les tourments du po\u00e8te et l\u2019inqui\u00e9tude du futur militant politique (car il faudra bien un de ces jours me d\u00e9cider humblement \u00e0 remplacer mon nombril par l\u2019action commune et entreprendre celle-ci dans le parti cher \u00e0 ma raison). \u00bb, Fonds S\u00e9nac, Archives Municipales de Marseille.<br \/><br \/>Comme l\u2019\u00e9crivait Jean S\u00e9nac \u00e0 l\u2019auteur Jean Daniel, r\u00e9agissant aux prises de positions de Albert Camus sur la guerre de lib\u00e9ration alg\u00e9rienne : \u00ab Camus nous a enseign\u00e9 les vertus du silence. Dommage, moi je suis bavard. \u00bb L\u2019axiome n\u2019est jamais loin : se taire c\u2019est collaborer d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre. R\u00e9\u00e9diter cet unique essai de S\u00e9nac, c\u2019est pour nous faire le choix de privil\u00e9gier encore une fois une litt\u00e9rature qui parle ; une litt\u00e9rature \u00ab bavarde \u00bb car trop consciente d\u2019une richesse populaire, textuelle et orale, qui pr\u00e9side \u00e0 toute \u00e9criture.<br \/>Enfin, ce livre nous fait r\u00e9fl\u00e9chir encore un peu plus sur les liens entre \u00e9diteurs et \u0153uvres. Sans avoir \u00e0 proc\u00e9der par \u00e9limination. La vie de S\u00e9nac (en partie pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 travers les hommages de ceux et celles ayant particip\u00e9 \u00e0 Jean S\u00e9nac vivant, livre republi\u00e9 ici en seconde partie) nous offre des clefs pour \u00ab tout tenir \u00bb. Essayer sans cesse \u00ab de tout tenir \u00bb. La pluralit\u00e9 pr\u00e9sente dans ce livre est pour nous une condition de cette po\u00e9sie o\u00f9 ne \u00ab dispara\u00eet pas la contradiction \u00bb pour reprendre les mots de Nathalie Quintane. Elle est un appel \u00e0 continuer de faire d\u00e9couvrir et faire red\u00e9couvrir l\u2019\u0153uvre enti\u00e8re de Jean S\u00e9nac des deux c\u00f4t\u00e9s de la M\u00e9diterran\u00e9e. Les pistes critiques tout autant que po\u00e9tiques qui naissent \u00e0 l\u2019\u00e9crit dans ce Soleil sous les armes doivent continuer \u00e0 \u00eatre explor\u00e9es pour accompagner les th\u00e9orisations de la litt\u00e9rature en Alg\u00e9rie, permettant par ricochet de d\u00e9construire un peu les remparts fumeux de la langue fran\u00e7aise ici et dans le monde. Comment en effet ne pas s\u2019inspirer des concepts de \u00ab litt\u00e9rature de graphie fran\u00e7aise \u00bb ou de \u00ab litt\u00e9rature de transition \u00bb en acceptant qu\u2019une telle force th\u00e9orique ait \u00e9t\u00e9 pens\u00e9e et d\u00e9velopp\u00e9e ailleurs qu\u2019en France, alors qu\u2019elle nous concerne aussi de ce c\u00f4t\u00e9-ci de la M\u00e9diterran\u00e9e ? \u00c9crite gr\u00e2ce \u00e0 une langue fran\u00e7aise pill\u00e9e, magnifi\u00e9e, r\u00e9invent\u00e9e, ces litt\u00e9ratures nous concernent et nous permettent de comprendre d\u2019autres r\u00e9alit\u00e9s du monde ayant d\u00e9j\u00e0 refus\u00e9 la scl\u00e9rose de l\u2019id\u00e9ologie imp\u00e9riale fran\u00e7aise. Ce livre rappelle notre devoir de ne pas faire comme si on ne pouvait pas lire cette litt\u00e9rature de graphie fran\u00e7aise, ou \u00e9crite en arabe et en berb\u00e8re. Elle nous concerne toutes et tous, et le travail de d\u00e9blaiement avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 entrepris (en pleine guerre).<br \/>En choisissant de pr\u00e9senter en deuxi\u00e8me partie du Soleil sous les armes, une r\u00e9\u00e9dition du livre prot\u00e9iforme Jean S\u00e9nac Vivant, \u00e9dit\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en 1981 \u00e0 Paris, nous voulons assumer encore plus fermement cette \u00ab non-\u00e9limination \u00bb, de ne pas se restreindre dans notre volont\u00e9 de nous inspirer directement de toutes. \u00c9crite ou non dans le bon sens, l\u00e0 n\u2019est pas la question \/ beaut\u00e9 de la traduction de relais. L\u2019expression est de Jean P\u00e9l\u00e9gri : \u00ab Je crois que cette litt\u00e9rature peut-\u00eatre, pendant un certain temps, un lieu d\u2019essais et d\u2019exp\u00e9riences, une litt\u00e9rature-laboratoire qui pourra \u00eatre utile \u00e0 ceux qui viendront ensuite &#8211; et qui \u00e9criront, eux, dans le bon sens. \u00bb, \u00ab Le Kateb ou l\u2019\u00e9crivain public \u00bb, Novembre, 1964.<br \/>les facettes de S\u00e9nac : alg\u00e9rien, militant, critique litt\u00e9raire, de langue fran\u00e7aise, faisant appel \u00e0 la traduction, po\u00e8te, ami et amant. Et plus que jamais : participer \u00e0 l\u2019\u00e9ducation politique collective plut\u00f4t qu\u2019aux interpr\u00e9tations acad\u00e9miques et aux galas de remises de prix litt\u00e9raires.<br \/>De S\u00e9nac, le jeune po\u00e8te Youcef Sebti se souvenait d\u2019une chose : \u00ab Le rebord des souliers de S\u00e9nac. Ses<br \/>souliers finissaient vers les orteils par un pli dont [il a] d\u00e9duit de suite qu\u2019il \u00e9tait un marcheur et qu\u2019il ne devait<br \/>pas disposer de beaucoup de paires de chaussures. L\u2019avenir me le confirmera. \u00bb De S\u00e9nac nous retenons<br \/>une po\u00e9sie en marche, qui elle aussi \u00ab n\u2019a pas le temps \u00bb.<br \/>\u00c0 nous toutes et tous de rechercher ces noms (et les trajectoires de vie qui y sont li\u00e9es) dans les \u00e9pitaphes de tant de livres \u00e9crits ailleurs mais accessibles. \u00c0 nous de reprendre ce mouvement comme le faisait cette jeunesse alg\u00e9rienne avide de rencontrer \u00e9crivains et militants partout o\u00f9 c\u2019\u00e9tait possible, comme le faisait Sebti sachant qu\u2019il pourrait croiser S\u00e9nac dans une salle de conf\u00e9rence, sur un trottoir ou dans un caf\u00e9. Car l\u2019\u00e9dition doit aller de l\u2019avant : il nous faut d\u00e9crypter ces<br \/>formes multiples de l\u2019\u00e9criture toujours en \u00e9cho de la vie r\u00e9elle, des besoins de la grande majorit\u00e9 et non pas du seul talent de tel ou tel g\u00e9nie.<\/p>\r\n<p>&nbsp;<\/p>\r\n<p>&nbsp;<\/p>\r\n<h2><strong>Note des \u00e9diteurs des 2 ouvrages de Jean P\u00e9l\u00e9gri<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: right;\"><br \/>\u00ab Dans la vie des masses populaires, le po\u00e8me est une r\u00e9alit\u00e9 quotidienne&#8230;<br \/>Nous transmettons ce que chacun d\u2019entre nous a pu arracher au mutisme d\u2019un pr\u00e9sent torride&#8230;<br \/>Dire ! Tout dire ! Face \u00e0 une techno-bureaucratie sous-d\u00e9velopp\u00e9e, le Dire, la parole r\u00e9pond \u00e0 toute infid\u00e9lit\u00e9. La parole est tentative de prise d\u2019un pouvoir. Pouvoir sur tout. \u00bb<\/p>\r\n<p>&nbsp;<\/p>\r\n<p><br \/>Il faudra encore beaucoup de travail pour rendre \u00e0 la litt\u00e9rature alg\u00e9rienne toute sa puissance et sa richesse. Ce troisi\u00e8me livre propos\u00e9 par les \u00e9ditions Terrasses vient cl\u00f4turer un premier cycle posant comme un besoin politique et esth\u00e9tique la re-d\u00e9couverte d\u2019une litt\u00e9rature alg\u00e9rienne portant en elle contradictions et exp\u00e9rimentations que nous affirmons actuelles, et dont nous devons nous inspi-<br \/>rer aujourd\u2019hui. Et cela car, en \u00e9tant alg\u00e9rienne, elle est bien plus : indubitablement li\u00e9e \u00e0 l\u2019internationalisme r\u00e9volutionnaire des ann\u00e9es de lutte d\u00e9coloniale, inexorablement arme critique pour r\u00e9fl\u00e9chir sur les liens de la France avec sa langue, son empire colonial pass\u00e9 et pr\u00e9sent, son imp\u00e9rialisme et, par cons\u00e9quence, sur la condition postcoloniale en g\u00e9n\u00e9ral.<br \/>De la litt\u00e9rature alg\u00e9rienne, en effet, ne nous parviennent toujours que des \u00e9chos. Comme \u00e0 l\u2019\u00e9poque d\u2019ailleurs, lorsqu\u2019en pleine guerre mondialis\u00e9e, m\u00e9diatis\u00e9e, la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise ne connaissait pratiquement aucun des \u00e9crivain.e.s, intellectuel.le.s, militant.e.s et artistes, traduits et diffus\u00e9s<br \/>dans le monde entier, qui magnifiaient, en se l\u2019appropriant et la pillant, la langue fran\u00e7aise.<br \/>Ainsi, par voie de cons\u00e9quence : \u00eatre toujours confront\u00e9 au fond de commerce d\u2019une litt\u00e9rature alg\u00e9rienne \u00e9crite en fran\u00e7ais pour la France, (tel un Kamel Daoud fa\u00e7onn\u00e9 pour plaire \u00e0 une lecture plate, humanisante et r\u00e9actionnaire d\u2019un occident adorant les \u00e9crivains-chroniqueurs-un-peu-pol\u00e9miste ) qui n\u2019est au final que la perp\u00e9tuation d\u2019une litt\u00e9rature alg\u00e9rienne datant de la p\u00e9riode coloniale dont il para\u00eet<br \/>si difficile de se d\u00e9partir. Ainsi chaque ann\u00e9e : devoir revisiter l\u2019\u0153uvre de Camus, finalement le plus connu des auteur alg\u00e9riens, y compris sous la plume de Daoud. Ainsi, au final : toujours le m\u00eame c\u00e9nacle, un continuum historique se croyant vaccin\u00e9 aux imp\u00e9ratifs (ou les m\u00e9prisant) des luttes<br \/>contre l\u2019ali\u00e9nation coloniale que s\u2019\u00e9tait pourtant fix\u00e9s les artistes de l\u2019Union des \u00e9crivains alg\u00e9riens et de nombreux intellectuel.le.s et militant.e.s d\u2019alors.<br \/>Republier deux des romans de Jean P\u00e9l\u00e9gri est pour nous un acte de plus pour replonger dans cette aventure populaire, politique et lib\u00e9ratrice qu\u2019a port\u00e9e avec elle une vague litt\u00e9raire d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 en finir avec l\u2019h\u00e9ritage colonial de l\u2019\u00c9cole alg\u00e9rianniste. Il s\u2019agit d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration intellectuelle, non pas d\u00e9finie par une classe d\u2019\u00e2ge, mais par un mouvement de pens\u00e9e, perm\u00e9able \u00e0 un contexte politique empreint de violence (r\u00e9volutionnaire et contre-r\u00e9volutionnaire) et ayant grandi en Alg\u00e9rie \u00e0 la fronti\u00e8re de plusieurs<br \/>cultures. S\u00e9nac, Gr\u00e9ki, P\u00e9l\u00e9gri, pour ne citer qu\u2019eux, sont l\u2019endroit des Bourboune, Boudia, Mechakra (entre tous les autres \u00ab envers \u00bb) ; une m\u00eame g\u00e9n\u00e9ration fa\u00e7onn\u00e9e par l\u2019Alg\u00e9rie mais n\u2019ayant pas eu le m\u00eame acc\u00e8s aux espaces de validation et de pouvoir. Au sein du syst\u00e8me colonial cet envers et cet endroit valent th\u00e9orie politique : ils balisent des espaces de contradictions absolues, espaces o\u00f9 se jouent \u00e0 plein discriminations et oppressions, mais aussi reconnaissance, tra\u00eetrise et prise de conscience.<br \/>Touch\u00e9e d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre par la langue fran\u00e7aise imp\u00e9riale, cette g\u00e9n\u00e9ration propre aux ann\u00e9es<br \/>1950, 1960 et 1970 a esquiss\u00e9 au fil des exp\u00e9rimentations litt\u00e9raires et des organisations collectives une th\u00e9orie politico-litt\u00e9raire consciente qu\u2019il fallait d\u00e9barrasser peu \u00e0 peu de leurs langues les oripeaux des r\u00e9flexes coloniaux et orientalistes. Il s\u2019agissait d\u2019en finir avec \u00ab l\u2019alg\u00e9rianisme \u00bb dominant le paysage litt\u00e9raire du pays par l\u2019organisation collective, les revues, les \u00e9changes avec le peuple alg\u00e9rien dans son<br \/>int\u00e9gralit\u00e9 : aller voir plus loin que le soleil et la lumi\u00e8re cinglante. Car l\u2019Alg\u00e9rie \u00e9tait plus que cela : des hommes et des femmes au sein de rapports de pouvoir. Parler des siens et des siennes donc, en premier lieu, pour ceux et celles issues des communaut\u00e9s arabes, berb\u00e8res et musulmanes. Et puis pour les autres, \u00e0 qui on attribuait une dignit\u00e9 car originaires de la communaut\u00e9 europ\u00e9enne : aller au-del\u00e0 des tent\u00e8rent de d\u00e9finir une culture alg\u00e9rienne esth\u00e9tiquement autonome, refusant le centralisme de la m\u00e9tropole et revendiquant une \u00ab singularit\u00e9 \u00bb alg\u00e9rienne, pied-noire et issue d\u2019un rapport particulier \u00e0 la terre alg\u00e9rienne.<br \/>Li\u00e9 finalement au syst\u00e8me colonial, ce mouvement, quoique pluriel, ne d\u00e9passera jamais les contradictions de la nature profonde coloniale et niera toute existence propre \u00e0 la culture de l\u2019Alg\u00e9rie ayant surv\u00e9cu \u00e0 l\u2019ali\u00e9nation coloniale, en premier \u00e0 la culture arabe, kabyle, et musulmane, repr\u00e9sentations distill\u00e9es par la mentalit\u00e9 coloniale, passer les fronti\u00e8res g\u00e9ographiques et langagi\u00e8res de la s\u00e9gr\u00e9gation en trahissant s\u2019il le faut.<br \/>Jean P\u00e9l\u00e9gri, fils de colon de la Mitidja n\u2019est qu\u2019un parmi tous ceux et celles qui grandirent dans cet espace pluriel ; espace o\u00f9 on c\u00f4toyait de loin et depuis la naissance les Autres, les \u00ab indig\u00e8nes \u00bb, en s\u2019impr\u00e9gnant d\u2019un ensemble de valeurs propres \u00e0 la terre alg\u00e9rienne parce qu\u2019habit\u00e9e par le peuple alg\u00e9rien, o\u00f9 on se familiarisait avec la langue arabe alg\u00e9rienne de loin, sans jamais se l\u2019avouer, sans jamais commencer \u00e0 \u00ab trahir un peu \u00bb en assumant l\u2019apprendre et la parler (ce dont P\u00e9l\u00e9gri prit conscience en apprenant la langue arabe).<br \/>Lorsqu\u2019il travaille sur les Oliviers de la Justice en pleine guerre civile (dite \u00ab d\u2019Alg\u00e9rie \u00bb), c\u2019est la mort de son p\u00e8re qui vient rappeler \u00e0 P\u00e9l\u00e9gri quelque chose qui commence \u00e0 pointer au-del\u00e0 du \u00ab drame alg\u00e9rien \u00bb, ce m\u00eame drame qui servit de pr\u00e9texte \u00e0 Camus et \u00e0 tous ceux et celles qui choisirent de se taire. Car au centre de ce drame se jouaient des responsabilit\u00e9s et des dignit\u00e9s \u00e0 respecter que le syst\u00e8me<br \/>en place ne voulait et ne pouvait pas reconna\u00eetre. Car au-del\u00e0 de ce drame, se dessine dans les Oliviers de la Justice un d\u00e9passement par l\u2019action de l\u2019\u00ab impossibilit\u00e9 \u00bb de la cohabitation symbolis\u00e9e par la figure du p\u00e8re-colon, ayant touch\u00e9 du doigt une fraternit\u00e9 de la vie quotidienne se fracassant sur le plafond de verre du colonialisme, et ne pouvant pas permettre le partage d\u2019une sensibilit\u00e9 autour de la terre, du travail, de la valeur d\u2019une parole&#8230; Ce sont l\u00e0 autant de v\u00e9rit\u00e9s d\u00e9passant la seule extase du paysage et qui sont au c\u0153ur des Oliviers de la justice. Et ce livre de se terminer sur ce constat : comment faire d\u00e9railler ce \u00ab destin \u00bb de l\u2019impossible cohabitation que les \u00e9motions, les souvenirs d\u2019enfance et les derni\u00e8res heures du p\u00e8re venaient contredire ?<br \/>C\u2019est la langue, qui \u00e0 l\u2019image de Gr\u00e9ki et de S\u00e9nac va offrir \u00e0 P\u00e9l\u00e9gri une clef pour, non pas refuser ce destin (ou tenter de l\u2019oublier), mais le d\u00e9cortiquer, le comprendre et le faire comprendre en faisant ce que tant refusaient de faire : en allant voir du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019envers, en allant d\u00e9crire la r\u00e9alit\u00e9 alg\u00e9rienne \u00ab telle qu\u2019elle est \u2014 sans filtres correcteurs. \u00bb Autrement dit : \u00ab retrouver les structures d\u2019un parler. Sa g\u00e9ologie \u00bb\u00a0 mais pas de n\u2019importe quel parler : celui d\u2019un peuple en entier, et non pas celui seulement compr\u00e9hensible par la m\u00e9tropole, ou par les cercles dominants distribuant depuis l\u2019\u00e9cole primaire, bons points, bourses d\u2019\u00e9tudes, prix litt\u00e9raires et prix Nobel au nom du bienfait r\u00e9publicain. Autrement dit : se tourner vers l\u2019envers pour \u00eatre honn\u00eate avec la fonction de l\u2019\u00e9crit : dire la r\u00e9alit\u00e9 dans son enti\u00e8ret\u00e9 quitte \u00e0 inventer une langue et non pas \u00ab convenir \u00bb \u00e0 une attente pour devenir \u00e9crivain reconnu.<br \/>Mais pour cela encore fallait-il vouloir sortir un peu de soi, aller \u00e9couter la vieille Fatima dans sa langue, tenter de se comprendre en faisant un pas en avant, ou deux, ou trois, comme le fit P\u00e9l\u00e9gri.<br \/>Nous avons choisi dans cet ouvrage de regrouper deux livres parus \u00e0 quatre ann\u00e9es d\u2019intervalles pour mettre en lumi\u00e8re ce qui repr\u00e9sente \u00e0 nos yeux un des actes fondateurs de la litt\u00e9rature alg\u00e9rienne : la lente et d\u00e9cisive lutte contre l\u2019ali\u00e9nation coloniale au c\u0153ur m\u00eame de la litt\u00e9rature d\u2019expression fran\u00e7aise. Au m\u00eame titre que la po\u00e9sie-r\u00e9sistance de Gr\u00e9ki ou que le Soleil sous les armes de S\u00e9nac, le passage des Oliviers de la Justice au Maboul repr\u00e9sente un acte r\u00e9volutionnaire et collectif contre le syst\u00e8me colonial de domination. Un acte-honn\u00eatet\u00e9, reconnaissant la fracture b\u00e9ante cr\u00e9\u00e9e par l\u2019ali\u00e9nation coloniale et par le silence mortel impos\u00e9e aux voix alg\u00e9riennes, et qui s\u2019exprime en effet dans l\u2019\u00e9volution du rapport \u00e0 l\u2019\u00e9criture (et donc \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie) de P\u00e9l\u00e9gri. Comme le d\u00e9crivait tr\u00e8s bien Albert-Paul Lentin, pied-noir lui-m\u00eame, lors de la parution du Maboul, dans le texte que nous avons choisi d\u2019ins\u00e9rer en postface, P\u00e9l\u00e9gri, ne pouvant se r\u00e9soudre au silence collectif, choisit le silence (devoir-silence) de l\u2019\u00e9crivain qui se met au travail pour accoucher d\u2019une voix nouvelle : une voix pleinement alg\u00e9rienne, plongeant dans \u00abla g\u00e9ologie \u00bb d\u2019un peuple et de son rapport \u00e0 la terre et \u00e0 ce \u00ab destin \u00bb commun.<br \/>Il faut lire cette \u00e9volution du rapport \u00e0 la langue, le lire comme une t\u00e2che politique afin de participer \u00e0 l\u2019effort collectif de construction d\u2019une nation ind\u00e9pendante et d\u2019une culture populaire et nationale s\u2019armant contre l\u2019ali\u00e9nation coloniale. Il faut lire comment le soit-disant drame de la communaut\u00e9 pied-noir \u00e9tait celui d\u2019un choix \u00e0 faire entre \u00ab une justice subjective, hom\u00e9opathique \u00bb ou une \u00ab justice collective \u00bb. En faisant le choix de la justice collective, P\u00e9l\u00e9gri accepta de plonger dans l\u2019envers alg\u00e9rien, dans le secret de la \u00ab FORME alg\u00e9rienne \u00bb, celle du Kateb (\u00e9crivain public) qui respecte \u00ab la pens\u00e9e labyrinthe \u00bb qui \u00e9coute, d\u00e9couvre puis invente au rythme du peuple la langue qui portera enfin une<br \/>dimension collective, expliquant le destin de l\u2019impossible cohabitation dans son enti\u00e8ret\u00e9 plut\u00f4t que de le subir passivement ; refusant la trag\u00e9die en pr\u00e9f\u00e9rant s\u2019armer pour le futur.<br \/>L\u00e0 o\u00f9 Les Oliviers de la Justice porte la marque autobiographique d\u2019une famille de colons de la Mitidja et de toute une sensibilit\u00e9 qu\u2019il faut lire et relire pour comprendre la guerre d\u2019Alg\u00e9rie (et donc le rapport de la langue fran\u00e7aise et de notre histoire (celle qui empreint la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise) \u00e0<br \/>l\u2019Alg\u00e9rie) Le Maboul fait un saut puissant et entier de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. \u00c0 la recherche d\u2019une expression totale, seule mani\u00e8re de laisser sa chance \u00e0 l\u2019honn\u00eatet\u00e9, de refuser une culpabilisation l\u00e2che, et de se mettre \u00e0 la hauteur des sacrifices endur\u00e9s par les combatttant.e.s pour la libert\u00e9, le Maboul et la nouvelle forme-\u00e9criture en viennent \u00e0 changer la perspective et le rapport au monde de son auteur : \u00ab Il y a ainsi des livres qui sont pour l\u2019\u00e9crivain des sortes de guerres civiles int\u00e9rieures ou le choix du sujet, de la langue et du style repr\u00e9sente \u00e0 lui seul une prise de position.<br \/>Un engagement durable. Une m\u00e9tamorphose. L\u2019\u00e9criture avait algerianis\u00e9 ma fa\u00e7on de sentir les \u00eatres et les choses.\u00bb<br \/>Il n\u2019y a plus ici un alg\u00e9rianisme de fa\u00e7ade, du soleil, une Tipasa-vid\u00e9e-de-ses-humains, et de la lumi\u00e8re, mais une litt\u00e9rature alg\u00e9rienne se cr\u00e9ant en utilisant la graphie fran\u00e7aise dans une logique politique : celle d\u2019accompagner un peuple en voie de lib\u00e9ration, celle de dire sa dette envers des valeurs et des dignit\u00e9s retrouv\u00e9es par la lutte, celle de combattre les racines de l\u2019ali\u00e9nation pour imaginer la cohabitation et<br \/>rendre, enfin, hommage \u00e0 une terre alg\u00e9rienne tellurique, plurielle, en magma et non pas fig\u00e9e dans les postures passives \u00e0 la Camus. Donner un avis, prendre position sur la situation alg\u00e9rienne est une chose. Vouloir comprendre, inventer pour transmettre en est une autre, comme le dit si<br \/>bien P\u00e9l\u00e9gri en d\u00e9crivant son travail : \u00ab De ce fait, des fautes de grammaire, des infractions \u00e0<br \/>la syntaxe, comme je l\u2019ai souvent v\u00e9rifi\u00e9, correspondaient en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 des r\u00e8gles pr\u00e9cises de l\u2019arabe dialectal. Aussi pour mieux \u00e9pouser sa pens\u00e9e, j\u2019ai pris peu \u00e0 peu l\u2019habitude, avant d\u2019\u00e9crire \u2014 ou plus exactement avant de l\u2019entendre &#8211; de consulter un petit livre d\u2019arabe dialectal avec ses r\u00e8gles et ses exemples. J\u2019ai aussi repris, toujours pour apprendre \u00e0 penser dans l\u2019autre sens -de droite \u00e0 gauche &#8211; la lecture du Coran et l\u2019apprentissage de l\u2019\u00e9criture arabe que j\u2019avais entam\u00e9s sous<br \/>les yeux de Fatima. \u00bb<br \/>Le Maboul est un livre politique comme l\u2019\u00e9crit Lentin. C\u2019est aussi un roman policier tout autant qu\u2019une fresque historique reliant enfin les campagnes d\u2019Italie et la guerre contre les nazis aux premi\u00e8res installations de colons en Alg\u00e9rie, reliant la lutte de l\u2019ALN au destin du monde paysan alg\u00e9rien. Tel le palier sup\u00e9rieur et n\u00e9cessaire devant venir apr\u00e8s l\u2019\u00e9criture des Oliviers de la Justice, Le Maboul est un<br \/>tout, un cycle entier dans lequel P\u00e9l\u00e9gri s\u2019engagea et qu\u2019il continuera \u00e0 explorer avec notamment deux autres livres : Les onuments du d\u00e9luge et Un cheval dans la ville dont Mourad Bourboune parle dans sa postface et qu\u2019il faudra un jour aussi faire red\u00e9couvrir.<br \/>Car cette \u00ab croyance en l\u2019homme \u00bb, ch\u00e8re \u00e0 cette g\u00e9n\u00e9ration intellectuelle, a trop de r\u00e9sonance aujourd\u2019hui pour continuer \u00e0 \u00eatre recouverte par les m\u00e9moires intouchables et le poids d\u2019une \u00e9criture fran\u00e7aise d\u2019Alg\u00e9rie tournant autour du pot de la trag\u00e9die alg\u00e9rienne (la france est-elle \u00e0 ce point orgueilleuse qu\u2019elle refuse encore de parler de sa guerre civile?). Il est trop facile et partial de continuer \u00e0 faire vivre la litt\u00e9rature en lien avec l\u2019Alg\u00e9rie autour de la seule r\u00e9f\u00e9rence camusienne. Comment ne pas voir dans l\u2019\u0153uvre de P\u00e9l\u00e9gri des pistes pour proposer, plut\u00f4t qu\u2019une lecture de l\u2019\u00c9tranger de Camus qui soit un remake d\u2019une \u00e9criture destin\u00e9e \u00e0 la langue fran\u00e7aise (Daoud), une \u00e9criture situ\u00e9e au m\u00eame endroit, abordant la m\u00eame lumi\u00e8re, le m\u00eame destin d\u2019une cohabitation g\u00e2ch\u00e9e ? Comment, plut\u00f4t que de s\u2019ajuster au rythme de la langue fran\u00e7aise v\u00e9hiculant trop de partipris et de s\u2019ent\u00eater \u00e0 signer du sceau du meurtre-vengeance, choisir celui d\u2019un meurtre-nomm\u00e9, acte-lib\u00e9rateur du maboul exprimant enfin (par la violence) la voix d\u2019un peuple b\u00e2illonn\u00e9 pendant 132 ans (dans sa langue et au moyen de<br \/>la graphie de l\u2019ancien oppresseur) ? Comment ne pas voir dans le fratricide lib\u00e9rateur (fanonien 12 ) du maboul un appel \u00e0 la justice collective, faisant appel pour une fois \u00ab \u00e0 la notion qu\u2019un peuple se fait du Temps \u00bb, celle du peuple alg\u00e9rien, et non pas \u00e0 la notion de justice \u00ab trahie \u00bb par l\u2019occident. Et bien plus : une justice li\u00e9e \u00e0 une terre, \u00e0 un destin collectif et non pas accroch\u00e9e d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment aux basques d\u2019une<br \/>communaut\u00e9 ou \u00e0 des individualit\u00e9s. Une justice dite dans une langue nouvelle, avec cette \u00e9criture de graphie fran\u00e7aise faisant fi de la biens\u00e9ance complice des puissants comme<br \/>l\u2019\u00e9crit si bien S\u00e9nac : \u00ab \u00c0 travers les sortil\u00e8ges (dont ils ne m\u00e9sestiment pas les dangers) d\u2019un fran\u00e7ais volontairement mal foutu, qui ne craint ni la pr\u00e9ciosit\u00e9, ni les d\u00e9flagrations, ni la calcination, soumis<br \/>\u00e0 un traitement diff\u00e9rent, par une pr\u00e9hension toujours autre de la syntaxe, du mot, du sens, les nouveaux po\u00e8tes alg\u00e9riens r\u00e9cup\u00e8rent dans les assauts du crat\u00e8re \u00e0 la fois leurs racines (inali\u00e9n\u00e9es) et leur corps futur. \u00bb<br \/>Cette \u00e9criture doit \u00eatre une inspiration pour aborder aujourd\u2019hui la litt\u00e9rature et l\u2019action, pour continuer de chercher et d\u2019inventer les formes venant r\u00e9sister \u00e0 la \u00ab Babylone de l\u2019Ouest (l\u2019Occident) \u00bb (Bourboune) et \u00e0 son cort\u00e8ge d\u2019individualismes. Car la langue, comme le dit Youcef Sebti, est tentative de prise de pouvoir et c\u2019est l\u00e0 ce dont nous avons besoin : reprendre du pouvoir sur tout pour le redistribuer \u00e0 tous et toutes. Comme Slimane attir\u00e9 vers la Montagne, le fusil sur l\u2019\u00e9paule. Comme les jeunes po\u00e8tes alg\u00e9riens salu\u00e9s par S\u00e9nac et perp\u00e9tuant dans leurs \u0153uvres la \u00ab litt\u00e9rature-laboratoire \u00bb de P\u00e9l\u00e9gri, faisant cohabiter sans g\u00eane et avec audace fran\u00e7ais et arabe, poussant un peu plus loin encore les bases pos\u00e9es par cette g\u00e9n\u00e9ration intellectuelle critique et fraternelle dont nous ne pouvons que nous inspirer.<\/p>\r\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-<\/p>\r\n<p>Ancienne pr\u00e9sentation des \u00c9ditions Terrasses<\/p>\r\n<p style=\"text-align: left;\"><em>Les \u00c9ditions Terrasses font rena\u00eetre en 2019 le carrefour culturel et politique de la M\u00e9diterran\u00e9e imagin\u00e9 juste avant le d\u00e9but de la guerre de lib\u00e9ration nationale alg\u00e9rienne par la revue du m\u00eame nom, mort-n\u00e9e en 1953. Le seul num\u00e9ro de la revue Terrasses proposait alors des ponts entre \u00e9crivain.e.s engag\u00e9.e.s de la M\u00e9diterran\u00e9e pour soutenir un internationalisme lib\u00e9rateur port\u00e9 par la po\u00e9sie et la prose.<\/em><\/p>\r\n<p style=\"text-align: left;\"><em>Les \u00c9ditions Terrasses veulent faire red\u00e9couvrir, traduire et pr\u00e9senter les \u00e9crits de ceux et celles qui ont voulu faire vivre pleinement les \u00e9chos des internationalismes r\u00e9volutionnaires entre Marseille et Alger, entre New-York et Kinshasa&#8230;<\/em><br \/><em>Nous voulons, aujourd\u2019hui, r\u00e9actualiser cet h\u00e9ritage politique et culturel en pr\u00e9sentant des \u00e9crits contemporains dont les coeurs r\u00e9sonnent de litt\u00e9ratures et d&#8217;engagements et qui accompagnent des choix de trahison face aux privil\u00e8ges pour mieux penser la lib\u00e9ration.<\/em><\/p>\r\n<p style=\"text-align: left;\"><em>Nous voulons par l\u2019\u00e9dition et l\u2019organisation collective construire des ponts entre des moments populaires de cr\u00e9ation et des exp\u00e9riences d\u2019\u00e9mancipation, entre des positionnements radicaux dans l\u2019\u00e9criture et l\u2019organisation de forces pour changer la soci\u00e9t\u00e9 et participer \u00e0 toutes les \u00e9mancipations.<\/em><\/p>\r\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les \u00c9ditions Terrasses sont d\u00e9finies par les ouvrages et\u00a0 les autrices et auteurs qu&#8217;elles \u00e9ditent&#8230; Nous choisissons donc de les pr\u00e9senter aux travers des notes des \u00e9diteurs qui commencent chaque ouvrage que nous publions. &nbsp; Notes des \u00e9diteurs de Juste au-dessus du silence de Anne Gr\u00e9ki Les voyous de l\u2019autogestionVoyous de la r\u00e9volutionLe po\u00e8te est [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"nosidebar-page.php","meta":{"_mi_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"class_list":["post-27","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/terrasses.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/27","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/terrasses.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/terrasses.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terrasses.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terrasses.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=27"}],"version-history":[{"count":17,"href":"https:\/\/terrasses.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/27\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":600,"href":"https:\/\/terrasses.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/27\/revisions\/600"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/terrasses.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=27"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}